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Éloge funèbre de l’archevêque de Paris

Éloge funèbre de l’archevêque de Paris1
Il n’est donc plus, ce saint prélat,
Ce pasteur dont la bienfaisance
Sans bruit, sans faste et sans éclat,
Fut si propice à l’indigence !
Aux marches de son monument
Portons du moins en ce moment
Nos faibles tributs de louanges ;
Pour le célébrer dignement
Il faudrait les concerts des anges,
Je n’ai que ceux du sentiment.
Par mille passions funestes
Les humains toujours combattus
S’éloignent des sentiers célestes
Où les conduiraient les vertus.
Du monde bravant les caprices,
Beaumont pouvait-il sans terreur
Voir sur le chemin de l’erreur
Qu’environnent des précipices
Le troupeau si cher à son cœur
S enivrer de folles délices
Et boire un poison destructeur
Dans l’affreuse coupe des vices ?
Non ! il fut prompt à ramener
Au milieu de la bergerie
La brebis faible, mais chérie,
Que le ciel allait condamner ;
Son éloquence douce et tendre
Était le langage des cieux ;
Les faibles et les vicieux
Sans l’aimer ne pouvaient l’entendre ;
A l’instant même qu’il n’est plus,
Leur âme paraît attendrie…
Pourquoi ces regrets superflus ?
Il est rentré dans sa patrie.

  • 1Christophe de Beaumont du Repaire, comte de Lyon, duc de Saint‑Cloud, pair de France, commandeur de l’ordre du Saint‑Esprit, proviseur de Sorbonne et archevêque de Paris depuis l’année 1746, mourut le 12 décembre 1781. « ll avait édifié ses diocésains, pendant toute la durée de son gouvernement, par la régularité de ses mœurs et sa charité immense envers les pauvres ; mais, entraîné par de mauvais conseils, perdu par ses entours, livré d’ailleurs à des préventions excessives qui lui avaient attiré en différentes circonstances des preuves de l’animadversion du souverain, des procédures juridiques de la part des magistrats et les murmures publics, il était devenu, peut‑être sans s’en apercevoir, le persécuteur et pour ainsi dire comme le fléau des prétendus jansénistes, ces personnages pieux savants et respectables, regardés depuis près d’un siècle comme entichés d’une hérésie purement imaginaire… Un fonds d’opiniâtreté dans le caractère et un attachement presque toujours invincible à son propre sens avaient attiré à ce prélat bien des contradictions et lui avaient fait beaucoup d’ennemis parmi ceux mêmes qui avaient adopté ses sentiments sur les affaires de l’Église. Les personnes sensées et chrétiennes, en déplorant le triste aveuglement d’un prélat qui eût pu faire dans le vaste diocèse confié à ses soins autant de bien qu’il y avait causé de maux, sans que jamais il s’en fût douté, abandonnaient à la postérité le soin de le juger et se bornaient à implorer en sa faveur les miséricordes infinies de Celui qui sonde les cœurs, du Dieu de toute vérité, qui connaît si parfaitement le vrai bien et le vrai mal, en même temps qu’elles formaient des vœux ardents pour qu’il pût être remplacé par un pontife doué non seulement des précieuses qualités qu’on avait admirées en sa personne, mais encore d’un zèle tout à la fois et plus large et plus éclairé que le sien. » (Journal de Hardy.)(R)

Numéro
$1494


Année
1781




Références

Raunié, X,24-26