La Nécessité de l’appel

La nécessité de l'appel1
Contre les prélats refusants,
Le décret péremptoire
Qui donne aux prélats acceptants,
Une pleine victoire,
Va chasser Noailles de Paris,
Si malgré sa prudence,
Son appel à la fin n'est mis
En parfaite évidence2.

Après tant de retardements
Que prétend-il donc faire ?
Et par de vains ménagements
Ne sait-il que se taire ?
Que ne déclare-t-il tout net
La bulle détestable,
Et que son appel moins secret
La rende méprisable.

Qu'il laisse à Rohan le souci
De vaincre cet obstacle ;
Qu'il laisse déclamer Bissy
Et Tellier leur oracle.
Voudra-t-on concile assembler?
Oui-da s'il était libre !
Car, alors, il fera trembler
Les partisans du Tibre.

L'appel en France est suspensif3,
Ce sont là nos maximes,
Si l'on y veut être attentif,
Comme autrefois nous fîmes,
De l'excommunication
Injuste et téméraire,
Disparaîtra l'illusion
Qui trouble le vulgaire.

Ce n'est pas assez d'appeler ;
Il faut que du Saint-Père
L'erreur il ose révéler,
A notre foi contraire,
Qu'il le nomme publiquement
Disciple de Sfondrate,
Et que sur ce point notamment
Derechef il éclate.

Il s'est passé plus de vingt ans,
Depuis qu'avec grand zèle,
Cinq prélats pieux et savants
Ont ému la querelle4.
Noailles reste avec Arras5;
Qu'il dénonce à l'Église
Clément, qui, ne s'expliquant pas,
Un faux dogme autorise.

Quant au jugement prétendu,
Dernier et péremptoire,
Il ne sera jamais reçu,
Son abus est notoire ;
Notre procureur général6
Qui sait quel est son vice,
Contre ce qu'il contient de mal,
Demandera justice.

  • 1. Sur la nécessité où est présentement M. le cardinal de manifester son appel au futur concile contre la bulle Unigenitus et de faire un appel comme d’abus au Parlement contre un dernier décret du pape appelé Jugement péremptoire. (M.) (R)
  • 2. L’appel du cardinal de Noailles, en date du 3 avril 1717, fut enfin publié le 24 septembre 1718. (R)
  • 3. Dans son réquisitoire contre la lettre apostolique, le procureur général du parlement de Metz remarquait : « que le jugement de séparation n’avait pu être prononcé au mépris de l’appel que les docteurs avaient interjeté au concile universel, tribunal supérieur à celui du pape, et que l’effet de l’appel est de suspendre le jugement. » (R)
  • 4. 23 février l697. (M.) — C’est à cette époque que l’archevêque de Noailles écrivit une lettre au pape pour lui demander la condamnation du Nodus praedestinationis dissolutus du cardinal Célestin Sfondrate. Les quatre prélats qui s’associèrent à sa démarche étaient Le Tellier, archevêque de Reims, Bossuet, évêque de Meaux, de Sève, évêque d’Arras et de Brou, évêque d’Amiens. (R)
  • 5. L’évêque d’Arras, Gui de Sève de Rochechouart, était en 1718 le seul survivant des prélats qui avaient signé la lettre de l’archevêque de Paris. (R)
  • 6. « On engagea les parlements de Paris, Rouen, Metz, Aix, Rennes, Bordeaux, Dijon, Grenoble, et le conseil souverain du Roussillon, d’agir contre cette démarche, et tous rendirent des arrêts fulminants contre ces lettres. » (Mémoires de la Régence.) (R)

Numéro
$0316


Année
1718

Sur l'air de ...
Joconde

Description

7 x 8


Références

Raunié, III,87-90 - Clairambault, F.Fr.12697, p.165-67 - Lyon BM, Palais des Arts, MS 51/2, f°258v-259r

Mots Clefs
Jansénisme Noailles ; Rohan ; Bissy ; Le Tellier, appel du cardinal, jugement péremptoire,