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Sans titre

Or vous, Messieurs les gros fermiers,
De ventre et de bourse amples
Voici l'un des associés
Qui va servir d'exemple.
Pour avoir volé tout Paris
Et causé la misère
Il va subir le pilori
Et neuf ans de galère.

Comme la Noue est ajusté
Traîné par ces deux rosses
Qu'as-tu fait de ta vanité
Et de tes deux carosses ?
Selon tes faits assurément
La Fortune te traite
Lorsque tu marches fièrement
Au cul d'une charrette.

On te dit : va, fils de putain,
Que le diable t'emporte !
Quand tu naquis tu n'avais rien
Et les gens de ta sorte
Ne peuvent jamais aller droit,
Venant du côté gauche.
C'est pourquoi la Cour t'a fait droit
Lorsqu'au grand pré tu fauches.

Qu'as-tu fait de tout ton argent,
Lâche coeur, âme basse,
Vilain coquin de partisan
Élevé dans la crasse ?
Et qui de laquais revêtu
Te mis dans la finance.
Hélas ! Si l'on t'avait pendu,
Le digne récompense !

Par sentence du Grand Sénat
Civile et criminelle
La Noue est pour neuf ans forçat.
Messieurs de la Tournelle,
Pour un aussi grand scélérat,
Ce n'est que bagatelle
Une chaîne si belle, hélas !
Devait être éternelle.

Le Noue en pleurant son état
Se plaint de sa sentence.
Il n'est que pour neuf ans forçat :
Est-ce une pénitence ?
Si ses amis par tant de soins
L'ont sauvé de l'échelle,
Une chaîne si belle au moins
Devait être éternelle.

De ces revêtus de laquais
La fortune se joue
Attendant le gros Bourvalais
Je  possède la Noue
Mais quand cet insigne voleur
Se plaint de sa sentence
Il a raison, à la rigueur,
Il lui faut la potence.

Numéro
$5226


Année
1716 (Castries)




Références

Mazarine Castries Ms 3981, p. 401-404