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Sur Mlle Testard qui disait être tourmentée

Or écoutez, petits et grands,

Un cas étrange et surprenant1

Arrivé dedans cette ville

A l’endroit d’une jeune fille

Qu’un lutin est venu saisir

Pour en faire à son bon plaisir.

 

Les savants et les médecins

Y ont perdu tout leur latin,

Car c’est un esprit qui frétille,

Il est souple comme une anguille

Et se glisse en catimini

Sous sa jupe et sous son habit.

 

Dans le fauteuil et dans le lit

C’est là souvent qu’il fait du bruit,

Mais comme un esprit qui badine

Il ne frappe qu’à la sourdine

Et ne lui cause aucun ennui

Que de gratter entre son huis.

 

Les uns disent que c’est un sort,

Qu’un amant qui l’aima très fort

Lui a donné par jalousie,

Pour afin qu’on ne la marie

A quelqu’autre plus vieux époux

Qui ne serait pas de son goût.

 

D’autres veulent que ce lutin

Ne soit pas un vrai diablotin,

Mais un certain petit caprice

Causé par un peu de malice

Qu’un gros de matrimonium

Saura bien mettre à la raison.

 

Vous, pères et mères, honnêtes gens,

Dont les filles passent vingt ans,

Mettez-les bien vite en ménage,

Car si vous tardez davantage

Le lutin sans faute viendra

Qui très fort les lutinera.

 

Or prions tous le Rédempteur

Et son esprit consolateur ;

Qu’il console les pauvres filles

Qui sont encor d’âge nubile

Et qui souffrent un grand tourment

En attendant le sacrement.

 
  • 1Sur Mlle Testard qui disait être tourmentée par un esprit invisible sitôt qu’elle voulait dormir.

Numéro
$6923


Année
1713




Références

Clairambault, F.Fr.12695, p.337 - Maurepas, F.Fr.12627, p.259-61