Sans titre

Aux  genoux d'un séraphique1

Un poète dramatique

L'accusait de vanité

Pour quelqu'ouvrage magique

Que Paris avait goûté2.

Un péché, lui dit le Père,

Se guérit par le contraire ; 

Faites donc pour celui-là

Quelqu'ouvrage de salaire

Dont votre orgueil souffrira.

Qui pourrait croire qu'en France

Un Chrétien pour pénitence

Dût écrire un opéra ? 

Voltaire dut son nom rare

Au plus grand de nos Henri3

Puis le Turc et le Barbare

En rehaussèrent le prix4 ;

Par la Reine de Navarre5

Réduit naguère au mépris ;

Par les filles de mémoire

Au silence condamné ;

Par quel démon obstiné

Dans le Temple de la gloire6

Va-t-il se casser le nez ? 


  • 1. Un capucin.
  • 2. Voltaire a fait plusieurs tragédies estimées.
  • 3. La Henriade.
  • 4. Zaïre, etc.
  • 5. Ballet que Voltaire composa pour le mariage de la Dauphine et qui fut désapprouvé même du Roi d'Espagne qui en fit écrire à Roy par l'ambassadeur de France, qu'il trouvait très mauvais que Voltaire eût fait passer dans cette pièce les Espagnols pour des poltrons. C'est Roy qui nous a conté cela ; il prétend qu'il est en relation avec l'évêque de Rennes qui, dit-il, lui écrit toutes les semaines
  • 6. Ballet de Voltaire fort méprisé.

Numéro
$841


Année
1746

Description

24 vers


Références

Gastelier, lettre du 20 janvier 1746

Mots Clefs
Voltaire Reine de Navarre, Temple de la Gire